Tennis·2 min de lecture
Au changement de côté, tu ne te reposes pas. Tu rejoues le jeu que tu viens de perdre.
Quatre-vingt-dix secondes assis, et la spirale repart de plus belle. Comment utiliser le changement de côté pour couper la rumination au lieu de la nourrir.
TSThierry SudanPréparateur mental, certifié CREPS Bordeaux

Sur le court, tu te bats. Sur ta chaise, tu te fais du mal.
Le changement de côté devrait être le moment où tu récupères. Pour beaucoup de joueurs, c'est l'inverse : quatre-vingt-dix secondes d'immobilité, la serviette sur la tête, et le jeu perdu qui repasse en boucle. Quand tu te relèves, tu n'as pas récupéré. Tu as répété la spirale.
Pourquoi la chaise est un piège
Pendant le jeu, ton attention est occupée par la balle. Entre deux points, tu as vingt-cinq secondes au maximum — assez court pour qu'une routine les remplisse. Au changement de côté, le temps s'allonge : quatre-vingt-dix secondes, cent vingt entre deux sets. Sans tâche précise, ton cerveau s'occupe tout seul, et il choisit ce qui l'inquiète : le break concédé, le score, ce que ça veut dire pour la suite.
Assis, immobile, la tête basse : c'est aussi la posture idéale pour ruminer. Le corps envoie le même message que les pensées.
Les quatre-vingt-dix secondes, découpées
L'idée n'est pas de s'interdire de penser au jeu perdu. C'est de lui donner une place, courte et bornée, puis de passer à autre chose.
- S'asseoir et récupérer (environ 20 secondes). Boire, s'essuyer, respirer. Uniquement du physique. Une expiration lente et longue, deux ou trois fois.
- Faire le point (environ 20 secondes). Une seule question : « qu'est-ce qui marche ? » — pas « qu'est-ce qui ne marche pas ? ». Une réponse, en quelques mots.
- Décider (environ 20 secondes). Une intention tactique pour les deux jeux qui viennent. Une seule : « jouer long croisé », « première balle au corps ».
- Se lever et s'engager (le reste). Se lever un peu avant l'appel, marcher d'un pas décidé vers sa ligne, regarder un point fixe, et entrer dans la routine d'avant-point.
Beaucoup de joueurs notent ces quatre étapes sur une fiche glissée dans le sac. Ce n'est pas un aveu de faiblesse : c'est un aide-mémoire pour les moments où la mémoire est occupée ailleurs.
Et après le premier jeu ?
Au tennis, il n'y a pas de pause assise après le premier jeu de chaque set : on change de côté sans s'asseoir. Garde pour ce moment une version courte : un geste pour lâcher, une respiration, une intention.
Le tester à l'entraînement
Fais des sets d'entraînement avec de vrais changements de côté chronométrés, et applique ta séquence à chaque fois — y compris quand tout va bien. C'est ce qui la rendra automatique le jour où ça ira mal.
Ce qu'on travaille en séance
On regarde ce qui se passe précisément sur ta chaise, aux changements de côté qui ont fait basculer tes matchs : ce que tu y penses, ce que tu y fais. Puis on construit ta propre séquence, adaptée à ton jeu, pour qu'elle te remette dans le match au lieu de t'en sortir.
Les moments qui font basculer un match de tennis sont décrits sur la page préparation mentale tennis.


